4 Mar, 2026

Où s’adosse le ciel

Résumé

À la fin du XIXe siècle, Bilal Seck achève un pèlerinage à La Mecque où il s’est rendu avec son meilleur ami et s’apprête à rentrer à Saint-Louis du Sénégal. Une épidémie de choléra décime alors la région, mais Bilal en réchappe miraculeusement, sous le regard incrédule d’un médecin français qui tente de le convaincre de lui prélever un échantillon de sang afin de percer les secrets de son immunité. En pure perte. Déjà, Bilal est ailleurs, porté par une autre histoire, celle qu’il ne cesse de psalmodier, un mythe immense, demeuré intact en lui, transmis par la grande chaîne de la parole qui le relie à ses ancêtres. Une odyssée qui fut celle du peuple égyptien, alors sous le joug des Ptolémée, secoué par Ounifer, grand prêtre d’Osiris qui caressait le rêve de redonner sa grandeur et sa liberté aux siens, les menant vers l’ouest à travers les déserts, jusqu’à une terre promise, un bel horizon, une ville à fonder sous le ciel des dieux immortels…
Tel fut le chemin emprunté par Ounifer, son exode, infiniment périlleux, sous l’œil vigilant d’un général fidèle au Pharaon, d’un archer prodigieux, et d’un scribe, premier passeur de toute cette mémoire du récit fondateur dont Bilal est désormais l’ultime gardien. Ce dernier empruntera donc le même chemin, vers le couchant, traversant les mêmes labyrinthes de sable, jusqu’à Djenné, jadis Djeno, la cité rouge où vint buter le voyage d’Ounifer et de son peuple. Entre-temps, Bilal aura exhumé les reliques perdues d’Osiris, se sera lié à un forgeron de Djenné dont il épousera la fille. De leur union naîtra Netelli, dont le prénom signifie « raconter ». Mais comment raconter encore quand on est muette de naissance ?

Informations

Où s’adosse le ciel

Par David Diop

Année de sortie : 2025

Mon Commentaire

De David Diop, j’avais l’excellent souvenir de « Frère d’âme», un très émouvant livre sur la guerre 14-18 vue via le prisme de l’œil d’un tirailleur sénégalais. Avec « Où s’adosse le ciel », l’écrivain mêle avec une certaine dextérité l’histoire de Bilal Seck, un Sénégalais musulman parti à l’orée du XXème siècle avec son ami effectuer le traditionnel pèlerinage à la Mecque, avec celle de la mythologie égyptienne. Pourquoi ? Parce que le parcours accidenté du retour vers l’Afrique Noire de Bilal Seck, laissé pour mort par son ‘ami’ victime d’une terrible épidémie de choléra, ressemble étrangement à celui du peuple égyptien, mené autrefois par Ounifer, grand prêtre d’Osiris, fuyant le joug du Pharaon Ptolémée. Ounifer jadis a entrepris vers l’ouest africain un dangereux périple avec l’idée d’établir les bases d’une nouvelle dynastie de pharaons…

Autre point commun entre ces deux destins, on apprend également que Bilal porte pour son peuple le titre rare de 72ème passeur de mémoire, personnage de première importance dont la vocation est de narrer à ses descendants le récit historique de ces déboires du peuple égyptien fuyant la tyrannie du pouvoir.

« Où s’adosse le ciel » est tout d’abord un roman au style particulièrement riche car extrêmement bien documenté. Résultat : sa lecture n’est pas nécessairement fluide et aisée, d’autant que les passages entre les époques retraçant les périples de l’armée réunie autour d’Ounifer et ceux de Bilal ne sont pas si évidents à saisir, malgré des redites parfois un peu lourdes pour conceptualiser les faits et reprendre la narration des étapes dans les deux époques. On finit d’ailleurs par ne plus vraiment porter attention à ces sauts dans le temps pour se concentrer plus volontiers sur l’histoire incroyable de Bilal Seck qui semble regrouper tous les aspects d’un conte fantastique, notamment à partir du moment où il découvre dans d’étranges circonstances une partie du trésor perdu et des reliques d’Osiris enfouis dans le désert de sable…Et au fil des chapitres on éprouve un réel intérêt à découvrir l’organisation économique, mais aussi ethnique, religieuse  et sociale de cette Afrique occidentale du début du XXème siècle. On peut aussi reprocher au roman sa fin un peu trop rapide et très romanesque à propos de la découverte de l’identité du nouveau passeur en charge de prendre le relais de Bilal.

Au total, une découverte certes très intéressante mais dont la construction manque de fluidité et la lecture de repères temporels.

Le verdict

14/20

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