24 Sep, 2026

L’inconnue du Quai de Javel

Résumé

Le 6 septembre 1949, une jeune femme est retrouvée morte quai de Javel, à Paris, sans sac ni chaussures, manifestement rhabillée à la hâte puis déposée là par son assassin. Elle est identifiée le lendemain : c`est Louise Cansot, le modèle le plus demandé par les peintres de Montparnasse.
Rapidement, quatre suspects se détachent, évidents, presque des archétypes. On dirait le début d`un roman de Simenon, mais l`inspecteur-chef Ferrière n`a pas le talent de Maigret, et doit se résoudre à classer l’affaire au bout de six mois, sans avoir arrêté personne. Soixante-quinze ans plus tard, Philippe Jaenada reprend l`enquête à partir du dossier retrouvé puis, comme à son habitude, sollicite ses contacts aux archives, exhume tous les documents, arpente tous les lieux – remonte le temps.
Pour ce livre, il a lu les soixante-quinze enquêtes de Maigret, s`inspirant humblement et fidèlement des méthodes du commissaire fictif. Et il va résoudre ce meurtre bien réel, laissant le lecteur subjugué par la dextérité de son investigation et fasciné par cette jeune femme à laquelle il redonne un visage et une histoire.

Informations

L'inconnue du Quai de Javel

Par Philippe Jaenada

Année de sortie : 2026

Mon Commentaire

Quelle superbe idée de replonger dans un passé pas si lointain que cela, 75 ans environ, dans cette période post-seconde guerre mondiale, pour mener une enquête qui fait partie de ce qu’on appelle souvent à la télé les ‘Cold cases’ (comprendre les dossiers relatant des enquêtes non élucidées). Il y a d’autres raisons pour moi d’avoir choisi le nouveau livre de Philippe Jaenada, auteur prolifique dont j’avais notamment apprécié la lecture de ‘la Serpe’ (Prix Femina 2017), roman dont l’action se déroulait dans le Périgord, région où j’habite quand je ne suis pas à…Paris, XVème arrondissement, pas très loin du Quai de Javel, donc près du lieu où a été découvert le cadavre de Louise Cansot le 6 septembre1949 . L’enquête d’alors met à jour l’existence d’une belle jeune femme, à la vie certes compliquée, assez démunie, mais connue pour figurer parmi les modèles les plus demandés par les peintres de Montparnasse de l’époque. L’enquête démasque alors quatre potentiels suspects, qui n’ont jamais été inquiétés faute de preuves.

Comme pour « la Serpe », c’est donc Philippe Jaenada qui va reprendre 75 ans après l’enquête dans ses moindres détails pour découvrir la vérité, et donc démasquer la/le coupable. Simplement (?) en adoptant les moindres réflexions et analyses de son héros personnel, j’ai nommé le Commissaire de fiction Jules Maigret, héros incontournable de nombreux romans policiers, films ou séries, né sous la plume de Georges Simenon. Jaenada va comme endosser le costume et les pratiques de vie et d’enquête de son héros fétiche lors de cette enquête pour le moins complexe – simplement parce que les moyens d’investigation et les possibilités d’analyse du cadavre n’étaient pas à la hauteur ce ceux d’aujourd’hui, sans compter que les rapports écrits – de l’administration, de la police…- étaient manuscrits, et pas forcément aisément lisibles.

Même si l’enquête est passionnante, on retrouve néanmoins le style si particulier de Philippe Jaenada, spécialiste des phrases extrêmement longues, incluant force tirets et parenthèses (parfois triples !!) lors de ses nombreuses digressions. Si vous êtes amateur de phrases courtes, passez votre chemin…mais ce serait bien dommage car malgré les 500 pages du livre, on finit par se prendre au jeu de cette enquête peu banale, qui mêlent recherches les plus sérieuses aux témoignages de concierges, tout cela avec une belle pointe d’humour et même d’autodérision… Il est vrai que les phrases à rallonge donnent sensiblement l’impression que l’enquête n’avance qu’à tout petits pas. Mais pas de souci, l’écrivain enquêteur Philippe Jaenada va prendre son temps, réfléchissant autour d’un verre ou d’une assiette de restaurant reprenant les classiques de la cuisine française, mais va arriver à ses fins. Le plus beau est qu’il va pouvoir donner une réhabilitation positive de Louise à ses descendants et à ceux des proches qui l’ont côtoyée à l’époque à un moment ou un autre. Il s’agit en fait d’une revanche par rapport aux déclarations et témoignages simplistes et haineux : Louise a fait simplement partie des nombreuses femmes victimes de violence et dont l’enquête à l’époque s’est terminée par une injustice institutionnelle …

Tout cela grâce un fabuleux travail de fourmi pour cette enquête documentée et menée de façon méthodique et rigoureuse, travail qu’on ne peut qu’applaudir. On comprend donc pourquoi « l’inconnue du quai de Javel » est d’ores et déjà lauréat du Premier Tour du Prix Goncourt 2026 !

Le verdict

16/20

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