2 Oct, 2026

Notre salut

Synopsis

Septembre 1940, le régime de Pétain se met en place. Henri Marre, 49 ans, débarque à Vichy sans le sou, sans contact, loin de sa femme et ses enfants. Il voit dans la nouvelle administration l’opportunité de trouver enfin la place qu’il mérite. Dans sa valise, son traité politique édité à compte d’auteur, Notre Salut, où il défend ses convictions patriotiques et ses méthodes d’ingénieur. Son credo : « gagner en efficacité » pour relever la France de la débâcle. Mais peut-être qu’Henri cherche avant tout à fuir sa propre débâcle…

Notre salut

Informations

Par Emmanuel Marre

Sortie en 2026

Casting

  • Swann Arlaud
  • Sandrine Blancke
  • Harpo Guit
  • Mathilde Abd-El-Khader
  • Mathieu Perotto
  • Jean-Baptiste Marre
  • Manon Kneusé
  • Florian Surrié

Mon Commentaire

Prix du scénario Cannes 2026

D’Emmanuel Marre, on a surtout en tête son premier long métrage « Rien à foutre », sorti en 2020, l’histoire assez foutraque d’une hôtesse de l’air (Adèle Exarchopoulos). Inutile de dire qu’avec « Notre salut », film présenté en compétition à Cannes qui a reçu le Prix du scénario, il change radicalement de registre. Ce nouveau -très !- long métrage lui a été inspiré par les échanges de lettres entre sa grand-mère Paulette (Sandrine Blancke) et son grand-père Henri Marre( Swann Arlaud), pendant toute la période de 1940 à 1944. Car ces lettres reflètent l’atmosphère de toute une époque, celle durant laquelle la France a été coupée en deux suite à la capitulation allemande. Alors que la partie nord est passée sous le contrôle de l’Allemagne nazie, la partie sud – restée officiellement zone libre (!) -voit s’installer à Vichy le gouvernement de Pétain et une nouvelle administration dont le rôle est notamment de relancer l’économie française. Simple ingénieur fidèle à sa patrie, Henri Marre, 49 ans, quitte Paris et les siens pour rejoindre à Vichy cette équipe de technocrates afin de leur instiller ses idées, regroupées dans « Notre Salut », un manuel qu’il a rédigé et publié à compte d’auteur. Histoire de montrer que son attachement à la patrie et à Pétain ne sont pas que de vagues idées, ainsi que de faire bénéficier au ‘nouveau’ régime en place de ses préconisations d’ingénieur, notamment en matière d’efficacité.

Même s’ils ont tous deux le souci de retracer la période de l’Occupation, il est impossible de comparer « Les rayons et les ombres » de Xavier Giannoli avec le film d’Emmanuel Marre. Si le premier traitait de l’impact de la domination de la politique nazie dans les hautes sphères de la société parisienne, « Notre salut » traite simplement des aspirations d’un quidam – certes qualifié – prêt à se mettre totalement à la disposition d’un régime moribond mais nationaliste jusqu’au bout des doigts. Ce qui est glaçant ici, c’est surtout le sérieux et le détachement avec lesquels Henri Marre, fonctionnaire lambda en quête d’épanouissement personnel, s’engage dans des travaux sans qu’il ne soupèse à aucun moment les implications, en termes de rafles et de déportation vers des camps dits de travail, qui seront avérés des camps d’extermination pour des millions de victimes. Marre est simplement un fonctionnaire, exécutant de base appliqué, mais sans scrupule ni volonté de discerner une évolution pour le moins fatale de l’Histoire de France…

Dans ce film où tout a été tourné dans les lieux officiels, l’essentiel des réunions et comités divers se déroulent essentiellement dans les bureaux, d’abord au Palais des Congrès de Vichy, puis à la Maison du Peuple de Limoges où était installé le fameux Ministère du Travail dont Henri Marre a été le responsable. Il n’ y a guère de scènes d’extérieur, hormis une reconstitution de la visite du Maréchal Petain sous les ‘hourras’ d’une foule nombreuse dont on sait qu’elle a dû bien répéter …Mais contrairement au film de Giannoli, le film ne montre pas de scènes évoquant ouvertement l’extension de la mainmise allemande, qui n’est que brièvement évoquée par les enfants d’Henri et Paulette …

Si le Prix du scénario était amplement mérité, on est en revanche un peu plus dérouté par la mise en scène d’Emmanuel Marre. Le film pèche d’abord par sa longueur excessive et certaines redondances, mais aussi par ces images souvent de qualité technique médiocre, due à cette façon de filmer caméra à l’épaule qui force sur le flou. Le résultat visuellement parlant n’est pas probant ! Même s’il faut reconnaître que l’idée d’avoir dans ses prises de vue très souvent au second plan est excellente, tant cela le fait s’apparenter à un caméléon qui se fond dans son milieu. J’ai été aussi surpris de voir ce film retraçant l’histoire des années 40 être émaillé de morceaux de musique contemporaine des années 70-80 : pour ma part, j’ai trouvé ces anachronismes étranges et ne l’ai pas compris – même dans le choix des morceaux et des paroles éventuelles -, mais peut-être était-ce seulement destiné à rompre avec un rouleau compresseur de noirceur ?

Reste que Swann Arlaud, alias Henri Marre qui est pratiquement de tous les plans adopte un jeu magistral, jonglant en permanence entre fragilité, détermination et aveuglement côté professionnel, mais aussi épanouissement égoïste dans son travail et homme dominé dans sa vie privée. Dans les seconds rôles, Sandrine Blancke est convaincante dans son rôle d’épouse, mais le casting composé de comédiens moins connus est aussi de qualité.

Au total, malgré sa longueur et les quelques réserves indiquées ci-dessus, « Notre salut » est un film à voir absolument, ne serait-ce que pour rappeler que le Mal ne vient pas toujours de très haut ni de très loin, puisqu’ici il est banalisé par le management et l’administration, deux concepts excessivement actuels.

Le verdict

15/20

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