
Tony Gatlif, réalisateur de « Gadjo Dilo »(1997), « Vengo »(2000) ou encore « Exils »(2004), est mort à 77 ans à Arles, où il vivait depuis plusieurs années. Né en Algérie, marqué très tôt par l’exil et l’errance, il a consacré près de cinquante ans de cinéma à celles et ceux que l’on regarde peu, faisant de la musique, de la culture gitane et du voyage les grandes lignes de son œuvre.
Une œuvre composée d’une filmographie d’environ 25 longs-métrages, réalisés depuis 1975. Les Princes, Latcho Drom, Vengo, Gadjo Dilo, Exils… Des films dans lesquels il s’intéresse aux populations gitanes et roms, aux frontières et à ceux qui restent souvent en marge du regard du cinéma traditionnel.
Mais son cinéma ne se résume pas au simple fait de filmer les marges. Le cinéaste construit un cinéma qui lui ressemble. Un cinéma libre, instinctif, traversé par le voyage et la musique et dans lequel les personnages semblent toujours chercher leur place quelque part. Son propre parcours a façonné sa manière de filmer. L’exil n’est jamais seulement un thème, c’est une expérience intime.



En 2004, avec « Exils », il raconte son retour métaphorique sur la terre de son enfance, 43 ans après l’avoir quittée. Le film devient une quête intérieure et poétique autour de la mémoire, de l’errance, de la transmission et du sentiment d’appartenance. « Exils » lui vaut notamment le prix de la mise en scène à Cannes en 2004.
La musique prend aussi une place centrale dans ses œuvres. Électro, musique gitane, flamenco, musique orientale. La bande-son accompagne les personnages autant qu’elle raconte leur histoire. Chez Gatlif, elle n’est jamais uniquement là pour entourer les images. Elle fait partie du récit, du voyage et de l’identité des personnages.
La disparition de Tony Gatlif laisse donc derrière elle bien plus qu’une filmographie. Elle transmet une manière de regarder le monde. En passant par les chemins de traverse, en s’intéressant aux vies que l’on ne regarde jamais et en faisant de la musique un instrument pour raconter l’exil. Jusqu’à son dernier film, « Ange », sorti en 2025, Gatlif n’aura cessé de faire voyager son cinéma entre les frontières, les cultures et les générations.

