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Marjane Satrapi : le cinéma d’auteur est en deuil

Comment ne pas rédiger un hommage à Marjane Satrapi, cette géniale autrice franco-iranienne de la désormais incontournable BD Persépolis – qu’elle a adaptée à l’écran avec Vincent Paronnaud en 2007- qui nous transmettait pour la première fois une vision de ce qu’est la vie quotidienne à Téhéran et qui a rencontré un succès international ?

Marjane Satrapi, c’est aussi la réalisatrice de pas moins de 9 autres films, dont « Poulet aux Prunes » (2011) – l’histoire d’un musicien qui décide de se laisser mourir après la perte de son instrument – et d’autres films qui ont moins marché…Mais Marjane Satrapi, c’est avant tout l’artiste qui a apporté pour la première fois de la lumière à la résistance du peuple iranien contre le régime tyrannique des Mollahs. Bien qu’ayant toujours voulu incarner cette lumière physique et psychologique, le 4 juin dernier, à 56 ans, elle est morte de chagrin, pratiquement un an jour pour jour après la disparition de son compagnon Matias Ripa, dans un effacement total qui vient en contradiction avec ses valeurs, qui mettaient en priorité de ses objectifs celui de ne jamais s’effacer devant la tyrannie.

Rappelons que Marjane Satrapi, née en 1969, a depuis sa plus tendre enfance été élevée au milieu de discussions politiques, de l’intérêt pour la littérature, d’engagements pour la justice sociale et la lutte contre l’oppression. Elle quitte l’Iran en 1983 sous l’impulsion de ses parents qui l’envoient étudier en Autriche, puis ce sera un retour à Téhéran en 1988 pour des études aux Beaux-Arts. Elle quittera définitivement l’Iran pour rejoindre la France en 1994, où elle poursuit sa formation à l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg en pensant devenir peintre !

Mais le déclencheur de son réel intérêt pour la BD sera la découverte de ‘Maus’, le chef-d’œuvre d’Art Spiegelman consacré à la Shoah, qui lui révèle qu’avec quelques traits noirs sur une page blanche, la bande dessinée peut raconter les tragédies les plus profondes sans renoncer à l’humour ni à l’humanité.

Ainsi naîtra « Persépolis », BD en quatre tomes publiés entre 2000 et 2003, racontant l’histoire de l’Iran à travers les yeux d’une petite fille refusant de se plier au diktat du gouvernement qui voudrait lui confisquer sa liberté. C’est bien sûr ce personnage rebelle à connotation fortement autobiographique qui va faire le succès de l’œuvre et la reconnaissance de Marjane Satrapi dans le milieu de la BD puis du cinéma.

Devenue icône de la résistance féminine en Iran, le militantisme assumé et la liberté de pensée de Marjane Satrapi manquent déjà dans le milieu des 7ème et 9ème arts. Mais en son nom, il faut partout continuer à combattre pour l’émancipation et la défense des droits des femmes iraniennes et surtout lutter contre la facilité de l’indifférence vis-à-vis de situations intolérables.

Pour Marjane Satrapi, « même au cœur de la répression, de la guerre, du deuil ou de la dictature, la beauté et l’humour restent des formes de résistance ». C’est l’ultime message précieux qui nous reste de cette artiste libre.