9 Oct, 2025

Mécano

Résumé

« J’ai, d’une certaine manière, tenté de dresser le portrait d’un héros d’une mythologie qu’il nous reste encore à écrire », explique l’auteur de ce premier roman, rédigé à la fois en prose et en vers. Le narrateur pénètre, presque par hasard, dans un monde qu’il méconnaît, le monde ferroviaire. Nous le suivons dans un véritable parcours initiatique : une formation pour devenir « mécano », conducteur de train. Il fait la découverte du train progressivement, de l’intérieur, dans les entrailles de la machine jusqu’à la tête, la cabine de pilotage. C’est un monde technique et poétique, avec ses lois et ses codes, sa langue, ses épreuves et ses prouesses souvent anonymes, ses compagnons et ses traîtres, ses dangers. On roule à deux cents kilomètres à l’heure, avec la peur de commettre une erreur, mais aussi avec un sentiment d’évasion, de légèreté, sous l’emprise de centaines de tonnes.
Le roman de Mattia Felici épouse le rythme et le paysage ferroviaires, transmute l’univers industriel du train, des machines et des gares en prouesse romanesque, dans une écriture détournée, qui emprunte autant à la langue technique qu’à la poésie épique. Mais c’est aussi un apprentissage social, la découverte du monde du travail, et parfois la rencontre de vies brisées.
Un étonnant roman de formation, intime et collectif, où les plans de chemin de fer, les faisceaux des voies, décident de nos mouvements comme de nos destins, où se distinguent et se croisent vers et prose.

Informations

Mécano

Par Mattia Filice

Année de sortie : 2024

Mon Commentaire

Nul besoin d’être grand voyageur pas plus qu’ ingénieur pour se laisser emporter par cet étonnant premier roman, « Mécano », signé par Mattia Filice, un conducteur de locomotive mâtiné d’ une écriture époustouflante, alliant poésie en prose et en vers. Pas banal avouons-le pour un jeune homme, ex-projectionniste de cinéma passionné par les trains, qui a tenté dans le cadre d’une reconversion professionnelle de passer les examens de conducteur de locomotive…

« Mécano » retrace le déroulement de toute la carrière de Mattia Filice , depuis la succession d’examens théoriques oraux , incluant l’apprentissage de toute une nomenclature rappelant les stratégies à mettre en œuvre pour le bon déroulement d’un voyage ferroviaire, à la mise en pratique sur consoles et in situ, dans les locomotives, ces monstres d’acier qu’il convient dont il convient de dresser le fonctionnement. En découvrant ce roman, force est de constater que le pilotage d’un train n’est pas aussi simple qu’il le parait, et que la circulation sur rails n’a souvent rien d’une sinécure. On apprend notamment que la solitude est souvent la seule compagne du « mécano » conducteur, dont la vie privée doit composer avec les contraintes régionales et d’horaires de circulation des rames.

Tout cela pourrait finir par sembler rébarbatif et technique – j’ai cependant jeté un œil sur Internet pour voir à quoi correspondaient les différentes machines- , mais Mattia Filice parvient à nous épater en transmutant les données techniques et les paysages industriels grisâtres en digressions poétiques très bien senties. On ressent beaucoup d’humanisme, allié à de la passion et de la compassion envers les membres de la profession, au sein de laquelle la solidarité est reine. Mais l’auteur évoque aussi toutes la rencontre de toutes les turpitudes possibles : alors qu’un train roule parfois jusqu’à 200 km/heure, les craintes de la panne, voire de l’accident, mais les piquets de grève, ou encore la présence parfois très lourde et encombrante d’ «inspecteurs ».

Une fois lu ce premier roman, vous ne regarderez plus jamais les « conducteurs » de train de la même façon, surtout lorsque dans le cas de transport de voyageurs, ils ont la vie de plusieurs centaines d’entre eux entre les mains. Ce « Mécano » révèle des qualités littéraires indéniables qui font que l’on dévore non seulement les kilomètres de voie ferrée mais aussi les pages de ce génial premier roman avec grand appétit.

Le verdict

17/20

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